Parolier-compositeur-interprète: l’indissociable trio

Quand vous écrivez des paroles, gardez toujours en tête que la finalité de votre travail, c’est une chanson. Votre texte sera peut-être lu parfois comme un poème, mais la plupart du temps, vos mots n’existeront qu’associés à une musique et à l’interprétation d’un chanteur.

Ça change quoi? Ça change beaucoup de choses! Écrire des paroles de chanson ne peut pas uniquement se résumer au simple fait d’écrire des paroles dans son coin. Si certains paroliers peuvent très bien décider qu’une fois leur texte fini, personne ne pourra changer la moindre virgule, dans la réalité du travail, il faut faire preuve d’un minimum de souplesse et d’esprit d’équipe. Une chanson, ce sont des paroles, mais aussi une musique et une interprétation.

Travailler avec le compositeur

Si vous travaillez avec un compositeur, deux cas de figure se présentent généralement. Soit il vous fournira une musique que vous devrez « habiller » de vos mots, soit c’est vous qui écrirez en premier le texte et lui qui le mettra par la suite en musique.

Cas #1: le texte est écrit en premier
Si vous écrivez les paroles en premier, vous aurez généralement une grande liberté d’écriture. Vous pourrez choisir le nombre de pieds qui composent vos vers, écrire autant de couplets, de ponts et de variations de refrains qu’il vous plaira, en gros, structurer le texte à votre guise. C’est l’avantage d’être le premier dans la « boucle créative »!

Cela dit, cette liberté doit être nuancée par un facteur de taille: vous n’écrivez pas de la poésie, mais les paroles d’une chanson! Votre travail est donc étroitement lié à celui du compositeur qui va prendre le relai et travailler à partir de vos paroles. Autant vous dire que si votre piétage (le nombre de syllabes par vers) est totalement irrégulier d’une ligne à l’autre, il lui sera difficile, voire impossible, d’inventer un motif mélodique cohérent.

Même chose si vous vous faites bavard à outrance. Si vous avez écrit 12 couplets, 6 ponts et trois refrains, il pourra certes mettre votre texte en musique, mais est-ce qu’une chanson de 12 minutes a des chances de passer à la radio ou de se retrouver sur un disque? Pas certain. Mais si vous écrivez hors de toutes contraintes professionnelles, dans ce cas, lâchez-vous et écrivez autant de couplets que vous voulez, il n’y a pas de « règles » en soi.

La plupart des textes de chansons sont basés sur le principe des rimes. Ce n’est pas une obligation et l’on peut très bien écrire des paroles sans rimes, mais cela reste plutôt rare. Avant d’envoyer votre texte au compositeur, vérifiez bien que « vous rimez » comme il faut.

Cas #2: le texte est écrit après la musique
Si vous devez écrire les paroles d’une chanson à partir d’une musique existante, vous aurez la plupart du temps la contrainte imposée par la ligne mélodique. Le compositeur vous fournira en effet une maquette de chanson plus ou moins élaborée qui contiendra une harmonie et une mélodie. C’est à partir de cette mélodie que vous allez pouvoir travailler.

Souvent, il chantera, en attendant que vous trouviez les mots, ce qu’on appelle dans le milieu du « yahourt », c’est-à-dire une suite d’onomatopées ou de mots inventés qui sont chantés pour permettre au parolier de faire entendre sa ligne mélodique. Ça sera des « pam pam pam paaaaaam » pour l’un, du yahourt en faux-Anglais pour l’autre et certains compositeurs choisissent de ne pas chanter, mais de faire jouer la ligne mélodique par un instrument.

À vrai dire, peu importe la méthode choisie, ce qui compte c’est que vous puissiez identifier clairement les différentes mélodies, celles des couplets, celle du refrain et des éventuels ponts. Vous pourrez ainsi déterminer le piétage de la chanson. Vous obtiendrez après avoir décodé la musique ce genre de structure:

COUPLET 1
Vers 1 : octosyllabe (8 pieds)
Vers 2 : octosyllabe (8 pieds)
Vers 3 : hexasyllabe (6 pieds)
Vers 4 : hexasyllabe (6 pieds)

COUPLET 2
Vers 1 : octosyllabe (8 pieds)
Vers 2 : hexasyllabe (6 pieds)
Vers 3 : octosyllabe (8 pieds)
Vers 4 : hexasyllabe (6 pieds)

REFRAIN
Vers 1 : tétrasyllabe (4 pieds)
Vers 2 : pentasyllabe (5 pieds)
Vers 3 : pentasyllabe (5 pieds)
Vers 4 : tétrasyllabe (4 pieds)

Une fois que ce travaille de repérage des pieds est fait, il ne « reste plus » qu’à trouver les mots!

Cas #3: le texte et la musique sont écrits en même temps
Si vous êtes à la fois l’auteur et le compositeur d’une chanson, il se peut que vous écriviez la musique et les paroles en même temps, au fur et à mesure. Les règles de versification et de piétage qu’on vient de voir s’appliquent aussi, mais si vous avez un problème de rimes ou de nombre de pieds, vous aurez un accès très direct au compositeur pour lui savoir ce qu’il faut modifier!  

Travailler avec l’interprète

Il arrive qu’en tant que parolier, vous ayez à travailler directement avec l’interprète. C’est l’idéal dans la mesure où c’est lui qui va incarner la chanson, la défendre et parfois la mettre à son répertoire de tournée pour plusieurs décennies! C’est donc une bonne chose qu’il puisse voir avec vous les ajustements qui peuvent être faits. Voici les cas où il pourra vous demander de retravailler le texte:

  • Quand un mot ou une suite de mots est très difficile à chanter (Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches? / Seize chaises sèchent)
  • Quand il veut changer une sonorité/rimes sur une note tenue. Certaines sonorités comme le son « a » permettent en effet au chanteur de chanter à pleine puissance. Il arrive que pour faciliter l’interprétation, un chanteur vous demande de faire des ajustement dans ce sens.
  • Quand « Il ne le sent pas ». On est ici dans le domaine du ressenti. Certains interprètes quand il se mettent votre texte en bouche, vous être plus ou moins confortable avec l’interprétation, et parfois, il y a certains passages qu’ils ne sentiront pas, qui ne sonneront pas pour eux.
  • Quand il n’assume pas un mot ou une phrase. Mot trop précieux, trop vulgaire, trop technique… certains interprètes veulent assumer chaque mot et sont donc très exigeants sur les paroles.
  • Quand il pense que vous pourriez mieux faire. Quand vous travaillez avec un artistes et lui proposez des paroles, il va vous donner son avis. S’il aime votre travail, il va retenir la chanson, mais pourra néanmoins apporter quelques bémols, vous demander de retravailler un couplet, raccourcir le refrain, trouver un pont etc. Il faut alors trouver un compris qui satisfasse l’interprète, mais qui ne vous frustre pas et ne mette pas à mal l’intégrité de votre travail. Si on vous demande de modifier 80% de votre texte, c’est peut-être qu’il ne convient pas à l’artiste. Vous avez le droit de le reprendre, vous n’êtes pas obligé de vous soumettre et de tout changer. Défendez votre point de vue, vos choix, vous êtes l’auteur après tout!
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7 réflexions sur “Parolier-compositeur-interprète: l’indissociable trio

  1. renayrose dit :

    J’ai une question: quand tu écris les paroles en premier, est-ce que tu appliques la même façon que tu présente dans ton #cas 2 , ici je parle du nombre de syllabes à respecter.

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    • David Nathan dit :

      Oui et non. Disons quand quand j’écris les paroles en premier, je ne pense pas aux nombres de pieds dans un premier temps, je pense d’abord aux mots, aux idées. J’écris, je trie, je jette, et quand j’au quelque chose qui me satisfait, je détermine le piétage pour qu’il soit le même pour le reste de la chanson 🙂

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      • renayrose dit :

        donc si je prends un de mes écrits, je pourrais si je voudrais le travailler pour en faire une chanson, j’imagine que ca doit être difficile si tu n’as pas un air dans ta tête. Merci

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      • David Nathan dit :

        Oui à partir du moment ou ce que vous avez écrit peut se structurer en couplet, refrain, ça peut évidemment devenir une chanson. Parfois, il y a des chansons qui n’ont même pas de refrains comme la très belle chanson de Raphaël Dans 150 ans. Pas besoin d’avoir de mélodie dans la tête par contre. Vous pouvez très bien travailler votre texte de votre côté, et le faire mettre en musique par un compositeur ensuite. Vous verrez bien à ce moment-là avec lui s’il faut modifier des choses ou pas. Bonne écriture! 🙂

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  2. Maned Wolf dit :

    Très intéressant de voir les coulisses de création d’une chanson ! J’ai tendance à écouter surtout des chanteurs-compositeurs, alors je ne me posais pas forcément toutes ces questions mais je n’avais jamais pensé par exemple au fait de mettre un son pratique sur les notes tenues, c’est parfaitement logique et en même temps ça montre comme écrire une chanson peut être plus contraignant qu’écrire un simple texte, à certains niveaux 🙂

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    • David Nathan dit :

      Oui, c’est vrai qu’on doit souvent composer avec des contraintes très pratico-pratiques comme un chanteur qui n’aime simplement pas tel ou tel mot! 🙂 Oui qui n’aime pas le chanter. Mais dans l’ensemble, ça reste vraiment stimulant, même s’il y a des contraintes. D’ailleurs ça sera le thème d’un prochain post, les contraintes. « De la contrainte jaillit souvent la nécessaire créativité ». 😉

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